Interview with Willy Bihoreau

Interview with Willy Bihoreau

RankArt : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?
Willy Bihoreau : Je suis originaire du Mans en Sarthe, je me suis installé dans la région depuis une quinzaine d’années. Je pratique la peinture depuis toujours mais je m’y suis engagé de manière professionnelle depuis 2007, date de mon premier salon d’Art Contemporain.


RankArt : Quel a été le parcours professionnel et/ou artistique qui vous a forgé en tant qu’artiste ?
Willy Bihoreau : Durant quelques années passées en région Parisienne, à l’origine pour des études d’Arts-Appliqués, j’ai rapidement lâché ce cursus pour intégrer un collectif d’artistes et travailler la peinture de façon plus autodidacte. C’est pendant cette période que j’ai expérimenté pas mal de styles et techniques diverses. Je me suis également tourné vers l’outil informatique pour me perfectionner principalement à l’utilisation de Photoshop.
C’est alors qu’un jour, au détour d’un rayon de la médiathèque du coin, je suis tombé sur un ouvrage de photographes: « Hauts Fourneaux » de Bernd et Hilla Becher.
Cet ouvrage aura été un déclic dans ma volonté d’utiliser la photographie comme un matériau de construction à part entière. Sampler des images devint alors ma nouvelle base de travail, de la même manière que j’utilisais déjà des samples dans la composition de musique électronique à cette même époque.


RankArt : Pourquoi avoir choisi la peinture comme mode d’expression plutôt qu’un autre ? Quel a été le déclic ?
Willy Bihoreau : Je n’ai pas eu à faire de choix. Depuis mon plus jeune âge, le dessin et la peinture m’ont toujours accompagné. Mes parents ont vite compris que cette passion régirait ma vie future. Aujourd’hui, ma vie professionnelle est entièrement vouée à la peinture. Depuis une quinzaine d’années, je pratique ainsi deux activités parfaitement complémentaires; la création et l’enseignement artistique indépendant.


RankArt : Votre vie et ses étapes influencent-t-elles votre art et de quelle manière ?
Willy Bihoreau : Mes créations ont pris un tournant décisif vers l’âge de 20 ans. C’est à cette époque que mon regard sur le monde, l’humanité et son devenir, a profondément changé. Une réaction de rejet de ce « monde des adultes » aura été l’élément déclencheur dans ma réflexion et mon engagement artistique.


RankArt : Comment définiriez-vous votre travail artistique ? Que dites-vous de vos œuvres à quelqu’un qui n’a jamais vu une de vos œuvres ?
Willy Bihoreau : Je considère mon travail comme celui d’un artiste activiste.
Le regard que je porte sur notre époque est très critique et ironique.
Goethe disait « Rien n’est pire que de voir l’ignorance en action », à cela j’ajouterais « Pire encore est de voir l’indifférence en action ». Notre modèle de société actuel se complait dans la quête d’un bonheur artificiel, consumériste et matérialiste en refusant de regarder la vérité en face et les terribles conséquences léguées aux générations futures.
Ma frustration est immense face à ce manque de sagesse de l’humanité, et la colère qui en résulte est le moteur de ma démarche artistique. Mes peintures sont pour moi une sorte d’exutoire face à la dureté de notre monde…
J'embarque ainsi mon spectateur dans un univers inquiétant de créatures et paysages post-fin du monde. Les symboles et architectures ne sont plus que les vestiges d'une époque révolue, c'est le début d'une nouvelle ère dont l'humain ne fait plus partie.
Je peins ce futur aussi pessimiste que lucide pour mieux exorciser ma peur de son imminence.


RankArt : Votre travail semble osciller entre la photo et la peinture, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre façon de travailler ?
Willy Bihoreau : A partir d’esquisses accumulées dans mon carnet de croquis, je recherche et sélectionne ensuite tous les éléments photographiques dont j’ai besoin, les fragmente, les manipule et les assemble entre eux sur mon ordinateur. Photoshop est ainsi mon espace de création principal, le logiciel est un outil créatif aux possibilités infinies. Mon assemblage s’élabore peu à peu. Parfois, l’élément photographique ne pouvant être obtenu, je choisis de le concevoir en 3D ou en digital painting, pour ensuite l’incorporer à l’ensemble. Une fois ma composition suffisamment aboutie, je peux passer à la seconde phase du travail.
J’imprime mon image dans une version peu contrastée, en demi-teinte, pour qu’elle devienne mon support à peindre. Le papier est marouflé sur la toile ou bien celle-ci est imprimée directement.
Retour ensuite à l’atelier, où je retrouve mes pinceaux et mon chevalet pour finaliser le travail par la peinture. L’œuvre est ainsi intégralement reprise à l’acrylique, méthodiquement et méticuleusement. Cette dernière étape me permet de révéler l’œuvre comme je l’imaginais au départ, j’ajuste l’éclat de la lumière, les valeurs, équilibre la densité des ombres.
Le travail photographique est subtilement noyé dans la matière picturale, ce qui confère à l’œuvre un nouvel aspect « hybride ». Mon but est de situer le rendu final à la croisée des techniques employées, pour interpeller le spectateur sur la nature de ce qu’il regarde. Je souhaite maintenir l’empreinte visuelle de chaque médium employé, tout en cherchant à les fusionner ensemble.



RankArt : Qu’est ce qui, de façon générale influence votre peinture (peintre, cinéma, musique, auteur…)?
Willy Bihoreau : Ma peinture est fondamentalement liée à l’humain. Même si je choisi ironiquement de pointer ses faiblesses ou de l’évoquer au passé en considérant son extinction comme inévitable, c’est bien de l’humanité dont il s’agit et à mes contemporains que s’adresse le message.

Bien entendu, je puise aussi mes inspirations dans une vaste étendue d’influences.
Des clins d’œil à l’histoire de l’Art comme la perspective Italienne ou encore le romantisme avec cette thématique classique de la ruine. Mais les vraies références qui ancrent mon travail sont le cyberpunk, le futurisme, le street-art, les mangas, les jeux vidéo et bien sûr le cinéma de science-fiction. La musique est aussi une grosse source d’inspiration notamment pour la puissance des images qu’elle parvient à m’évoquer.


RankArt : Avec quel peintre d’hier auriez-vous aimez vous entretenir ? Et pourquoi ?
Willy Bihoreau : J’ai découvert il y a peu Roland Cat, un artiste français dont la démarche me semble étrangement familière. Au regard de son œuvre, je pense que nous avons pas mal d’affinités.

RankArt : Et parmi vos contemporains ?
Willy Bihoreau : Sans hésitation : Banksy. J’ai une admiration sans borne pour son travail. Il est pour moi l’Artiste de ce siècle.


RankArt : Selon vous, à partir de quel moment un peintre, un photographe, un musicien… devient un artiste?
Willy Bihoreau : Question difficile…presque philosophique !
En ce qui me concerne je pense que la plupart des artistes professionnels mettent du temps à créer leurs œuvres, ainsi qu’à devenir ce qu’ils sont. On ne naît pas peintre, on le devient à force de travail.


RankArt : Quel est votre plus fort souvenir d’exposition personnelle et pourquoi ?
Willy Bihoreau : Ce qui me vient à l’esprit en lisant cette question, c’est un acheteur hors normes dont l’acte d’achat m’a beaucoup touché ; il s’agit d’un jeune garçon de 12 ans qui a mis toutes ses économies plus un petit emprunt à ses parents pour s’offrir une de mes œuvres (A message from Teddy - 40 x 40 cm). Un vrai coup de cœur (réciproque)!


RankArt : Artistiquement parlant, y a-t-il un rêve que vous n’avez pas encore réalisé ?
Willy Bihoreau : Ce qu’il y a de bien avec l’Art, c’est qu’on peut rêver toujours plus ! Plus on créer plus on est créatif ! Je rêve donc continuellement à de nouvelles idées, de nouveaux projets en gardant toujours l’espoir de pouvoir les concrétiser.


RankArt : Quelle est votre actualité artistique ? Quels sont vos projets artistiques ?
Willy Bihoreau : Voici mes prochaines expositions :
- Du 13 au 22 avril 2018 :
Les Intergalactiques (Festival de Science-Fiction de Lyon)
http://www.intergalactiques.net
- Du 19 au 27 mai 2018 :
ART EN PERCHE – PAYSAGE 2018 - Salon d’Art Contemporain
Le Carré du Perche
23 Rue Ferdinand de Boyeres, 61400 Mortagne-au-Perche
https://www.artenperche.fr/
- Du 1er au 3 juin 2018 :
Exposition du Collectif Transfiguring
Bastille Design Center
74 Boulevard Richard Lenoir, 75011 Paris
- Retrouvez aussi mes œuvres à la vente sur les galeries en ligne :
PandorArt et Artkhein


RankArt : Pour se faire une idée de votre personnage de façon plus général, j’aime bien soumettre à nos artistes invités les questions un peu naïves du thème de l’île déserte…
-Sur une île déserte vous emportez…
*Quel film ? Retour vers le futur
*Quel livre ? Un guide de survie pour les nuls
*Quelle musique ? Air - Moon Safari
*Quel objet ? Un carnet de croquis
*Lequel de vos tableaux ? Sub Chroma (de mon autre série signée Will Be)



RankArt : Quelles étaient vos ambitions d’enfant pour votre vie d’adulte ?
Willy Bihoreau : Ne pas laisser mourir l’enfant que j’étais, heureusement pour moi :
“Un adulte créatif est un enfant qui a survécu.”
Ursula K. Le Guin

Merci Willy !
Retrouvez Willy Bihoreau sur son site Web et sa page Facebook.
Retrouvez ses oeuvres à la vente sur PandorArt et Artkhein

Last modified: 04/05/2018