Interview de Sylvie Gedda

Interview de Sylvie Gedda

1er prix du Jury
du 3ème Salon de Peinture Abstraite

Medeya : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?
Sylvie Gedda : Je suis née dans l'est de la France de grands parents immigrés russe, italien, allemand. Je réside principalement dans un petit village au nord de Nontron mais je partage également mon temps à Cassy sur le Bassin d'Arcachon. Je travaille depuis de nombreuses années, ma première exposition personnelle a été présentée à Paris, galerie Diagonale en 1981.

Medeya : Pratiquez-vous la peinture pour votre loisir ou en tant que professionnel ?
Sylvie Gedda : La peinture n'est pas un loisir,elle est omniprésente et vitale. Je travaille sur toiles et sur plaques de plexiglas, j'y coule de la résine epoxy au sein de laquelle j'introduis encres et pigments naturels.
Je ne peux émotionnellement pas être sans peindre. Lorsque les conditions météorologiques ne me le permettent pas (trop de chaleur par exemple) je décline une autre facette de ma personnalité, à l'acrylique cette fois. Sous le pseudo S'kwer, je propose une peinture ludique sur le thème des cabanes du bassin d'Arcachon.

Medeya : Quel a été le parcours professionnel et/ou artistique qui vous a forgé en tant qu’artiste ?
Sylvie Gedda : J'ai une licence d'arts plastiques. J'ai tenté l'expérience de l'école des Beaux Arts, je m'y suis enfuie dés la première année. Déjà à l'époque le discours prévalait sur la pratique, je n'y ai donc rien appris.
L'attente de la naissance de mon premier enfant a vraiment tout déclenché en moi, pour exorciser mes peurs je me suis mise à créer de toute pièce un grand journal illustré, chacune de ces pages journalières écrites et dessinées mesurait 42 x 60 cm. Jean Luc Parant m'a d'ailleurs fait l'honneur d'écrire un texte sur ce travail et troqué une de mes pages contre une de ses boules. J'avais 25 ans.

Medeya : Pourquoi avoir choisi la peinture comme mode d’expression plutôt qu’un autre ? Quel a été le déclic ?
Sylvie Gedda : C'est une longue histoire. Je n'ai pas débuté par une expression abstraite. J'ai pratiqué le dessin pendant plus de 10 ans, des mm de crayons accumulés sur des mètres de papier, un rendu proche de l’hyperréalisme ou la seule couleur admise était le rouge. J’ai grandi, mûri, découvert la couleur par le biais des pastels secs, peu à peu la figuration a laissé place à une certaine géométrisation.
J'ai découvert à Paris la peinture de Richter, rétrospective au musée d'Art Moderne. Ce fut une révélation, j'ai troqué mes outils traditionnels contre des spatules de plâtrier et ai fabriqué ma propre peinture à l'huile (pigments, huile de lin) Je recherchais mouvements et matières en un véritable corps à corps avec la peinture. A partir de 2006, mon travail s'est orienté vers la fluidité et les transparences, de la pâte peinture je suis passée à des films très liquides, du travail sur chevalet je suis passée à une pose à plat du support.

Medeya : Votre vie et ses étapes influencent-t-elles votre art et de quelle manière ?
Sylvie Gedda : Bien sur la Nature y joue un grand rôle, plus jeune, ma vie de femme également.

Medeya : Comment définiriez-vous votre travail artistique ? Que dites-vous de vos œuvres à quelqu’un qui n’a jamais vu une de vos œuvres ?
Sylvie Gedda : Je me situe dans la mouvance de l'Abstraction lyrique. A l'huile j'ai substitué la résine epoxy que je coule sur le support. J'utilise encres et pigments naturels du Maroc que j'introduis dans l'épaisseur de la résine. La surface est brillante, solide, elle présente différents niveaux d'épaisseur selon la superposition des films de couleurs. Je propose un travail tout en nuances de films diaphanes, en espérant toucher celui qui la regarde, lui offrir toute la poésie de jeux de formes, de couleurs et de lumières afin qu'il tisse des liens secrets avec la Nature et renoue avec son imaginaire, son humanité, son essence, sa partialité.

Medeya : Pourquoi ces choix de sujet, de technique, de style ?
Sylvie Gedda : Je crois bien que je m'en suis expliquée plus haut. J’ajouterai que depuis 2006, mon support de prédilection indépendamment de la toile est également le verre synthétique. J'ai ressenti le besoin de créer une peinture qui puisse être installée en extérieur (l’art pour tous).
J'ai choisi le verre synthétique pour ses qualités de transparences et de solidité mais aussi parce qu'il me permet de travailler sur ses deux faces. La difficulté réside en l'accroche de la peinture mais également en la maîtrise à peindre les deux faces sans que l'une ne vienne occulter l'autre. J'ai présenté en extérieur (arbres du parc David à Andernos, luminaires en front de mer à Arcachon, ruelles de la vieille ville de Sarlat, fenêtres du château de Villandraut) plusieurs séries de peintures suspendues de 100 x 100 cm.
Il me parait nécessaire et primordial que les spectateurs aient une vision différence selon qu'ils passent sous le recto et le verso de la même œuvre. La magie s'opère et change également selon les heures, le reflet des peintures sur le sol apporte une dimension nouvelle à la peinture.

Medeya : Qu’est ce qui, de façon générale influence votre peinture (peintre, cinéma, musique, auteur…) ?
Sylvie Gedda : Mes sources d'inspiration sont suscitées par la Nature au sens le plus large qui soit : cosmique, microscopique, terrienne, aquatique, humaine. C'est la vie qui m'intéresse.

Medeya : Quel est le point de départ d’un tableau, la genèse d’une œuvre (un schéma, une image, le hasard, l’imagination seule, un peu de tout ça…) ?
Sylvie Gedda : Je pars juste avec un besoin de couleurs, il s'agit pour moi d'une véritable immersion. Je la visualise et la recherche, ceci étant fait je la verse. Je superpose au sein de la résine plusieurs films de couleurs que je travaille avec différents outils: des spatules pour étirer et conduire les couleurs, de fines branches pour y inclure des lignes. Je pose, je déborde, j'enlève, je souffle, je superpose jusqu'à obtenir la concrétisation de mes visions intimes. Je ne me demande pas ce que j'ai envie de raconter, j'ai un besoin viscéral de dire en couleurs.

Medeya : Avec quel peintre d’hier auriez-vous aimez vous entretenir ? Et pourquoi ?
Sylvie Gedda : J'aurais aimé rencontrer le groupe des symbolistes, leur écriture de la détresse, leur ambivalence entre le désir et de la mort, leur part de rêve teintée d'érotisme. Le tout me touche énormément, je pense en particulier à Odilon Redon, à Gustave Moreau, à Edward Munch.

Medeya : Et parmi vos contemporains ?
Sylvie Gedda : Il y en a beaucoup mais je pense en premier lieu à Chu Teh Chun. Sa peinture se joue du palpable et du flou de suggestions et de transparences, peut être également parce qu'il trouve principalement ses sources d'inspiration en la Nature.

Medeya : Pouvez-vous nous citer un tableau que vous rêveriez de voir en vrai ? Pourquoi ce tableau ?
Sylvie Gedda : Les sculptures sous marine de Jason de Caires Taylor qui deviennent avec le temps refuge des poissons et coquillages, elles s’intègrent se transforment et vivent en symbiose avec les fonds marins. Pour le propos de l'artiste et toute la poésie de ses installations. Parce que l'élément aquatique est omniprésent dans mon travail, parce aussi peut être j'ai une peur phobique de l'eau et que ce serait sans doute le moyen de la combattre.

Medeya : Selon vous, à partir de quel moment un peintre, un photographe, un musicien… devient un artiste ?
Sylvie Gedda : Au moment où cela devient aussi vital que respirer.

Medeya : Quelle est l’exposition d’un autre artiste qui vous a le plus marqué ?
Sylvie Gedda : Il y en a tellement, pour ne citer que : Richter au musée d'art Moderne de Paris, Khnopff à la galerie des Beaux Arts de Bordeaux, Le Titien à Venise, Le Caravage à la villa Borghèse à Rome et tout ceux que j'ai eu la chance de voir de visu lors de déplacements ou de voyages.

Medeya : Quel est votre plus fort souvenir d’exposition personnelle et pourquoi ?
Sylvie Gedda : Un grand moment d'émotion lors de la première installation en front de mer de la collection « Entre le Haut et l'Eau »par la ville d'Arcachon.
Il s'agissait de 30 peintures sur verre synthétique (100 x 100 cm) réalisées en hommage à ma petite sœur Nadine décédée précocement d'un cancer.

Medeya : Quelle est votre actualité artistique ? Quels sont vos projets artistiques ?
Sylvie Gedda : Je poursuis mon travail au sein de la résine, j'inclus également cette technique au sein de mobilier. J'ouvre en Dordogne un atelier galerie Art et Design au printemps prochain pour y présenter mon travail mais également pour y exposer d'autres artistes : présentation de pièces uniques en peintures, sculptures, objets d'art. Le tout se fera sous forme d’événementiels mis en place par thèmes. Malgré un carnet déjà bien rempli, je me permets d'ajouter que je suis à l'écoute des propositions qui pourront m'être faites.

Medeya : Pour se faire une idée de votre personnage de façon plus général, j’aime bien soumettre à nos artistes invités les questions un peu naïves du thème de l’île déserte…
-Sur une île déserte vous emportez…
*Quel film ? Avatar
*Quel livre ? L'Odyssée d'Homère
*Quelle musique ? Sphères de Keith Jarret
*Quel objet ? Un objet inventé qui me permettrait de m'exprimer et de survivre
*Lequel de vos tableaux ? « De l'autre coté » peinture sur verre synthétique

Medeya : Quel voyage aimeriez-vous encore faire ?
Sylvie Gedda : L’Antarctique.

Medeya : Quelles étaient vos ambitions d’enfant pour votre vie d’adulte ?
Sylvie Gedda : Être peintre et ma foi je suis dedans : )

Merci Sylvie !
Retrouvez Sylvie Gedda sur son site Web et sa page Facebook.

Dernière modification : 28 sep. 2016