Interview de Pierre Gable

Interview de Pierre Gable

Medeya : Bonjour Pierre. Pouvez-vous présenter l’artiste photographe que vous êtes en quelques mots?
Pierre Gable : Bonjour.
Je suis Auteur Photographe indépendant. Tout à la fois photographe, poète, saltimbanque de l’image, j’écris ou je pose sur une page blanche de mon appareil photo, des images, des histoires en poésie qui se regardent avant de s'écouter.

Medeya : Quel a été le parcours professionnel et artistique qui vous a forgé en tant qu’artiste auteur-photographe ?
Pierre Gable : J’ai découvert la photographie et développé mes premiers clichés à l’âge de huit ans dans la cave d’un HLM d’une banlieue avec mes copains de la rue. La lecture, la découverte d’ouvrages de littérature et le cinéma m’ont aidé à alimenter un imaginaire et une curiosité insatiable pour le monde qui m’entoure. La photographie était pour moi une façon de m’évader de ma cité un peu grise et de voyager autrement.
Après une scolarité difficile, j’étais un enfant rêveur et fantasque qui préférait l’école de la rue, j’ai entrepris des études secondaires de commerce avant de me spécialiser dans les domaines de la photographie et de la création audio-visuelle. J’ai acquis alors une habileté particulière pour la composition, le cadre et la scénographie photographique.
Fasciné depuis ma plus tendre enfance par le cinéma et plus particulièrement par le cinéma américain, j’ai monté et réalisé mes premiers courts métrages pour le compte des étudiants de l’École des Mines de Nancy. Par la suite, j’ai effectué un service civil dans un cinéma d’art et d’essai où je me suis essayé aux techniques de projection et au montage de films.
À la naissance de ma fille aînée, je me suis dirigé vers des emplois alimentaires (commerce) pour nourrir ma petite famille.
L’explosion de l’usine AZF, à proximité de laquelle nous vivions lorsqu'elle a eu lieu, changera à jamais mon regard sur le Monde et mon mode de vie. Je suis parti m’installer en Haute Provence où j’ai repris à plein temps mon activité de photographe indépendant.

Medeya : Qu’est ce qui, selon vous, vous a orienté vers la photographie plutôt qu’un autre mode d’expression ?
Pierre Gable : J'ai la passion de l’image ; de ce qu'elle montre, mais aussi de ce qu'on y voit. J’ai tout d’abord utilisé une caméra avant d’être submergé par un profond désir de raconter autrement le monde qui m’entoure, la nature, les objets, les personnes et leur environnement. Par mon travail photographique, je tente de mettre à l'honneur celles et ceux qui m’accordent cette chance de saisir un bref instant de leur existence.

Medeya : Votre vie et ses étapes influencent-t-elles l’orientation de votre travail et de quelle manière ?
Pierre Gable : Effectivement, mon histoire de vie est toujours en corrélation avec mes images.
Ma vie est comme celle de tous les êtres humains, tantôt sombre, en couleurs, ou quelquefois lumineuse.

Medeya : Comment définiriez-vous votre travail artistique ? Que dites-vous de vos œuvres photographiques à quelqu’un qui ne sait pas ce que c’est qu’une photographie de Pierre Gable ?
Pierre Gable : Mes images me reflètent ; elles expriment ce que je ressens, peur, amour, révolte, ce que je suis avec ma part d'enfance, l'homme que je suis devenu... Elles proposent mon univers fait de lumière, de cieux doux et menaçants ; c'est ce qui frappe le plus dans mes images : une lumière ardente, tourmentée ou de fin des mondes.

Medeya : Parmi tous vos portraits photographiques beaucoup mettent à l’honneur des enfants. Pouvez-vous nous en parler ?
Pierre Gable : Je citerai Bernanos : « Qu'importe ma vie ! Je veux seulement qu'elle reste jusqu'au bout fidèle à l'enfant que je fus. »

Medeya : En ce qui concerne vos photos de paysages, les stars semblent être les arbres, souvent isolés, et les vieilles maisons, voir des ruines, également isolées. On ressent le poids du temps dans ces photos… Est-ce volontaire ?
Pierre Gable : Effectivement, le temps qui passe, les traces du passé, les cicatrices, les murs qui se lézardent, les racines, les arbres, constituent ce qui reste des décors de nos vies passées. Mais la nature toujours reprend le dessus...

Medeya : Pourquoi ces choix de sujet, de technique, de style ? La grande partie de vos photographies sont en noir et blanc. Est-ce « seulement » pour l’aspect esthétique ?
Pierre Gable : Tout simplement, parce qu’il me semble mieux voir l'essence des choses, l'âme des gens. De mon point de vue, les contrastes qui se jouent en noir et blanc les révèlent avec davantage de vérité.

Medeya : Qu’est ce qui, de façon générale influence votre démarche ? (peintre, cinéma, musique, auteur…)
Pierre Gable : Je suis un instinctif, je pense et je rêve beaucoup en images, mes photographies en sont souvent les fruits.
Mais j’aime aussi composer sur la musique et les textes de mes amis musiciens, cela m’aide et m’oriente quant aux choix des prises de vue. La peinture, notamment celle de Caspar David Friedrich, peintre romantique allemand, me fascine. Je suis très sensible à « L’âme Faustienne », les effets picturaux, le clair obscur, le mysticisme, la fascination pour les choses étranges, inquiétantes, les déchirements de l’âme entre l’omnipotence et l’impuissance. Comme je l'ai déjà dit, je suis également passionné par le cinéma.

Medeya : Quel est le point de départ d’une photo (un schéma, une image, le hasard, l’imagination seule, un peu de tout ça) ?
Pierre Gable : Un peu de tout cela. Il m’arrive de repérer un lieu et d’y revenir plusieurs fois pour tenter d’y trouver la bonne lumière. Quelquefois le hasard survient et la magie opère toute seule, comme une évidence. Il m’arrive également de rêver des scènes avec l'idée de les recréer plus tard.

Medeya : Avec quel auteur-photographe aimeriez-vous vous entretenir ? Et pourquoi ?
Pierre Gable : J’ai eu la chance de rencontrer de grands photographes dont Steve Mc Curry et Reza Deghati.
J’aimerais rencontrer Sally Mann pour qui j’éprouve une grande admiration. Dans un style complètement différent, j'apprécie beaucoup les mises en scènes cinématographiques de Gregory Crewdson.

Medeya : Selon vous, à partir de quel moment un photographe, un musicien, un peintre… devient un artiste ?
Pierre Gable : Lorsque l'on se donne complètement, avec comme fil rouge la sincérité et la générosité d'une image offerte comme une part de soi.
Il me semble que la photographie contemporaine s’inscrit un peu trop dans une ligne de pensée où les travaux sont intellectualisés à l’extrême, et que seule une petite poignée de connaisseurs comprend. Je pense par exemple à ces séries conceptuelles où l’on retrouve les mêmes codes de couleurs, les mêmes séries, diptyques, triptyques à la mode.
On assiste aussi, avec la multiplication des réseaux sociaux, à la culture de l'image de soi, de la mise en scène de son ego. Beaucoup de personnes se proclament artistes photographes, s'exhibent sur ces réseaux en paroles ou en actes, partagent leur intimité sans limite. Cela me gène vraiment, ce manque de pudeur, cette culture du Moi à l’extrême, à mille lieues de l'art photographique.

Medeya : Quelle exposition d’un autre artiste vous a le plus marqué ?
Pierre Gable : Celle de Steve Mc Curry.

Medeya : Quel est votre plus fort souvenir d’auteur-photographe ?
Pierre Gable : Il y a quelques années, j’ai eu la chance de réaliser des ateliers de valorisation de la personne âgée en fin de vie. Ces rencontres, ces histoires de vies, ces destins croisés et ces départs vers un ailleurs, nourriront la dimension spirituelle et émotionnelle d’un travail enrichi par ces fractures.

Medeya : Avez-vous des activités qui gravitent autours de votre casquette d’auteur- photographe ?
Pierre Gable : Je reprends la vidéo, j’écris également.

Medeya : Artistiquement parlant, il y a-t-il un rêve que vous n’avez pas encore réalisé ?
Pierre Gable: Réaliser un long métrage et mettre en images un des livres de mon grand père écrivain.

Medeya : Avez-vous une actualité artistique ? Si oui, quelle est-elle ? Quels sont vos projets ?
Pierre Gable : Des expositions en cours et à venir et la réalisation de clips vidéo. J’aimerais également publier un livre de photographies, reste à trouver l’éditeur ou l’autofinancer.

Medeya : Pour se faire une idée de votre personnage de façon plus générale, j’aime bien soumettre à nos artistes invités les questions un peu naïves du thème de l’ile déserte…
-Sur une île déserte vous emportez…
*Quel film ? La liste de Schindler ou Le Sacré Graal des Monty Pytons
*Quel livre ? Demande à la poussière de John Fante ou le Petit Prince
*Quelle musique ? L’intégrale de Mozart ou du Rock
*Quel objet ? Un pendule
*Laquelle de vos photographies? Lou « Perfecto »

Medeya : Quel voyage aimeriez-vous encore faire ?
Pierre Gable : Tous pourvu qu’ils mènent ailleurs.

Medeya : Quelles étaient vos ambitions d’enfant pour votre vie d’adulte ?
Pierre Gable : Devenir réalisateur de films ou comédien.

Merci Pierre !
Retrouvez Pierre Gable sur son site Web, sa Boutique et sa page Facebook.

Dernière modification : 11 juil. 2016