Interview de Pierre Duquoc

Interview de Pierre Duquoc

1er prix du Jury
du 1er Salon d'oeuvres numériques

Medeya : Pouvez-vous présenter l’artiste d’art numérique que vous êtes en quelques mots?
Pierre Duquoc : 50 ans cette année, autodidacte, passionné et pas bavard… Mais je me soigne ! D’ailleurs, cette interview est un vrai exercice pour moi ! Je crois que mes photos et créations numériques savent mieux parler de moi que je ne le ferai.

Medeya : Quel a été le parcours professionnel et artistique qui vous a forgé en tant qu’artiste d’art numérique?
Pierre Duquoc : Professionnel aucun, car la photo n’est pas mon métier. J’exerce dans un milieu où l’expression artistique est inexistante. Je pratique donc en amateur, ayant toujours été attiré par toutes les formes d’arts plastiques ou visuels.
Je suis venu relativement tard à la photo et au numérique, seulement depuis une dizaine d’années. Je touche un peu à tout, en fonction des envies, sans formation particulière, juste pour prendre du plaisir. On dirait que ça ressemble à de l’hédonisme !

Medeya : Qu’est ce qui, selon vous, vous a orienté vers l’art numérique plutôt qu’un autre mode d’expression ?
Pierre Duquoc : Un mélange entre mon imagination, un intérêt pour les techniques numériques, l’envie de raconter des histoires et de transformer la réalité.
J’ai commencé à m’intéresser à l’image sur ordinateur dès les prémices de l’informatique grand public. J’ai vécu l’arrivée des tout premiers ordinateurs personnels, dans les années 80, et je me souviens des nuits passées sur ZX81, Commodore et autres Atari à bidouiller des dessins dont le rendu prenait des heures sur ces bécanes ancestrales !
Quand les premiers appareils photo numériques accessibles ont débarqué 10 ou 15 ans plus tard, c’était comme si on avait inventé la baguette magique !
Tout, ou presque, devenait possible. Grimer la réalité, fabriquer du rêve, avec seulement un appareil photo et un ordinateur.

Medeya : Votre vie et ses étapes influencent-t-elles l’orientation de votre travail et de quelle manière ?
Pierre Duquoc : Bien sûr. Et plus particulièrement la série des « Minipéripéties » dont est issue la création « Magic Rodéo ».
J’ai débuté cette série juste après mon divorce. Retour dans un appartement au lieu d’une maison. Je découvrais dans ma nouvelle situation, un paradoxe amusant entre un monde autour de moi qui se rétrécissait (le cercle d’amis, les finances, le logement, les sorties, voire même l’esprit blessé qui se replie sur lui-même), et cet autre monde où l’ampleur des corvées dilatait ce « petit » appartement lorsqu’il fallait s’occuper seul des repas, de la vaisselle, du linge, du ménage, du bricolage… Le rapport des tailles changeait.
J’ai commencé par hasard à prendre l’évier plein de vaisselle en photo, et mon imagination a fait le reste. La première photo de la série (Hardwork) est ainsi née, et les autres ont suivi.
Mais toujours dans l’humour et l’autodérision, histoire de relativiser. Ce fut presque comme une thérapie !
Même si ma situation personnelle a bien évoluée aujourd’hui, je reste attaché à cette série et y ajoute quelques créations de temps en temps.


Medeya : Comment définiriez-vous votre travail artistique ? Que dites-vous de vos œuvres numériques à une personne qui ne les a jamais vues ?
Pierre Duquoc : C’est difficile à décrire. Je dit souvent « Je vais vous raconter une histoire ».
Il faut raconter une histoire, ou inviter le spectateur à rentrer dans la photo ou la création. En l’intriguant, en faisant en sorte qu’il se pose des questions. Même si l’esthétique est très importante, surtout pour les photos, je crois qu’elle n’est pas une fin en soi.
La photo, et la création numérique, c’est un peu de la magie. On part de quelque chose de vivant, on le fige en un clic. Il faut forcément un peu de magie pour le faire revivre à travers l’œil et l’esprit du spectateur !
Il y a pas mal d’humour dans mes créations numériques. Le meilleur compliment que je reçois, c’est un rire ou un sourire de celui que les regarde.
Un sourire est bien plus sincère qu’un éloge, c’est instinctif, inné, ça ne se contrôle pas.

Medeya : Qu’est ce qui, de façon générale influence votre démarche (peintre, cinéma, musique, auteur…) ?
Pierre Duquoc : Ce n’est pas très original, mais je dirais le cinéma et la bande dessinée. En outre, je pense que c’est inconscient. J’ai dû m’imprégner de certains films ou bd dont les angles de prises de vue, les éclairages et les perspectives me reviennent lorsque je travaille sur une création.
Il y a en effet très clairement un travail de mise en scène dans la série des Minipéripéties. Tout y est réfléchi, de la manière de poser, à la perspective, en passant par la cohérence des éclairages et des proportions.

Medeya : Quel est le point de départ d’une œuvre numérique (un schéma, une image, le hasard, l’imagination seule, un peu de tout ça) ?
Pierre Duquoc : Exactement, un peu de tout cela. Mais je « vois » avant tout chaque Minipéripétie dans mon esprit avant de me mettre au travail. La création est là, quasiment terminée, dans ma tête, avant même le premier clic de l’appareil !
Pour d’autres créations numériques, c’est le hasard. Comme pour deux créations que j’ai réalisées après avoir visité la Galerie de paléontologie du muséum d’histoire naturelle de Paris par exemple (« Enter Pin » et « Just di dit », un petit clin d’œil à la technologie et à la société de consommation).
Les poses de certains squelettes d’animaux m’ont immédiatement parlées, mais pas dans le sens scientifique ! J’y ai d’ailleurs repéré quelques autres candidats pour de futurs travaux. En plus, ils sont silencieux et très patients !

Medeya : Avec quel artiste d’art numérique aimeriez-vous entretenir ? Et pourquoi ?
Pierre Duquoc : Erik Johansson, un artiste Suédois. Il possède non seulement une maitrise technique incomparable, mais ses univers sont en outre fabuleux. Tout y est : poésie, imaginaire, humour. C’est clairement une référence.
Dans une autre époque, et bien qu’il ne s’agisse pas d’art numérique, j’aurais voulu assister à la création de « Dali Atomicus », une œuvre géniale résultant de la collaboration entre Dali et le photographe Philippe Halsman.
6 heures en studio et 28 prises pour aboutir à ce cliché où tout est parfaitement en suspension, avec l’esprit Dali. Et tout cela sans Photoshop ! Du travail d’orfèvre !


Medeya : Selon vous, à partir de quel moment un artiste d’art numérique, un photographe, un musicien, un peintre… devient un artiste ?
Pierre Duquoc : Il aurait fallu pouvoir demander cela aux femmes et hommes préhistoriques ! Avaient-ils seulement conscience de faire de l’art il y a plusieurs dizaines de milliers d’années lorsqu’ils dessinaient leur vie sur les voutes des grottes ?
Je ne sais pas. Et pourtant, il s’agit incontestablement d’artistes !
Je ne me qualifie pas spontanément d’artiste. Je fais de la photo, des créations numériques.
On me prête parfois le qualificatif d’artiste.
Je pense en effet que c’est avant tout le regard des autres sur vos créations qui fait de vous un artiste.

Medeya : Quelle exposition d’un autre artiste vous a le plus marqué ?
Pierre Duquoc : Récemment, et dans un tout autre domaine que la photo, la rétrospective sur l’œuvre de Bernard Buffet au MAM de Paris. C’est noir, même dans ses œuvres chargées de couleurs, froid, mais pourtant incroyablement puissant.


Medeya : Quel est votre plus fort souvenir d’artiste ?
Pierre Duquoc : Ma première exposition il y a 5 ans. Il y avait bien eu quelques parutions de mes photos dans plusieurs magazines. Mais là, c’était pour la première fois la réaction en direct des visiteurs, leurs interrogations, leurs sourires (on y revient) mais aussi parfois leur désintérêt !
Il fallait tout prendre, satisfaction et déception. Un moment riche et intense et surtout, immédiat et réel !


Medeya : Artistiquement parlant, y a-t-il un rêve que vous n’avez pas encore réalisé ?
Pierre Duquoc : Faire le photomontage parfait ! Histoire, composition, lumière, couleurs… Le rêve impossible en somme !


Medeya : Avez-vous une actualité artistique ? Si oui, quelle est-elle ? Quels sont vos projets ?
Pierre Duquoc : Quelques unes de mes photos sur la crue de la Seine à Paris en 2016 sont exposées en Belgique jusqu’au 6 janvier 2017. Dans la foulée, je démarre une exposition à l’Espace Culturel d’Ablon sur Seine (94) du 13 au 27 janvier 2017. Les Minipéripéties y seront à l’honneur.
J’ai également en tête une nouvelle série axée sur l’apesanteur. Un sujet fort à la mode depuis quelques temps en photomontage. Mais il s’agirait là à nouveau de raconter des histoires, avec humour, pas seulement de suspendre un personnage uniquement pour le coup d’œil.
Mais c’est encore embryonnaire et en confrontation avec mes moyens d’amateur ! J’espère pouvoir en dire plus d’ici quelque temps !

Medeya : Pour se faire une idée de votre personnage de façon plus générale, j’aime bien soumettre à nos artistes interviewés les questions un peu naïves du thème de l’île déserte…
-Sur une île déserte vous emportez…
*Quel film ? Star Wars, le tout premier.
*Quel livre ? Le portrait de Dorian Gray. Encore de l’hédonisme, mais il y a aussi ce tableau, cette œuvre, qui vit à a place de son modèle… Terriblement en lien avec Photoshop non ?
*Quelle musique ? L’intégrale des Pink Floyd.
*Quel objet ? Ma guitare.
*Laquelle de vos œuvres ? Aucune ! Je passerai trop de temps à chercher (et trouver) les moindres petits défauts !

Medeya : Quel voyage aimeriez-vous encore faire ?
Pierre Duquoc : Le prochain, qu’importe. Mais de préférence au soleil !


Medeya : Quelles étaient vos ambitions d’enfant pour votre vie d’adulte ?
Pierre Duquoc : Ne pas vieillir ! En tout cas, pas dans ma tête.

Merci Pierre !
Retrouvez Pierre Duquoc sur son site Web.

Dernière modification : 26 déc. 2016