Interview de Patrick Rogelet

Interview de Patrick Rogelet

Medeya : Bonjour Patrick, pouvez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?
Patrick Rogelet : Bonjour, je suis Patrick ROGELET et vis en Charente près de Cognac. Autodidacte je n’ai jamais arrêté le coloriage depuis l’enfance. J’ai juste fait évoluer la technique pour que je puisse en faire des œuvres majeures ressemblant à des peintures à l’huile. D’où l’appellation « peinture aux crayons » (qui n’est pas de moi).

Autel astrologique

Medeya : Pratiquez-vous la peinture aux crayons pour votre loisir ou en tant que professionnel ?
Patrick Rogelet : J’ai commencé par le loisir comme beaucoup d’artistes. J’ai cette passion pour le dessin depuis l’enfance. Je maitrise cette technique (qui a évolué) en amateur depuis 1986 avant de passer professionnel il y a peu de temps en 2014. Je suis actuellement en quelque sorte en phase de transition…

Autoportrait

Medeya : Quel a été le parcours professionnel et/ou artistique qui vous a forgé en tant qu’artiste ?
Patrick Rogelet : Avant de commencer mes propres créations, j’ai mis à l’épreuve ma technique en 1989 en réalisant la copie sur très grand format (2.08X 1.58m) d’un tableau très complexe d’un peintre de la renaissance. Cela a été mes années d’études artistiques comme les peintres classiques qui copiaient des grands maîtres. Cinq années ont été nécessaires pour réaliser cette reproduction de « La bataille d’Alexandre » d’Abrecht Altdorfer.


La bataille d'Alexandre

Par la suite je n’ai jamais été intéressé par des dessins petits formats, pourtant facilement vendable car très accessibles, mais plutôt par des créations sur grands formats nécessitant plusieurs mois de travail (ma technique est très chronophage) Ce n’est pas par recherche de la performance. Je trouve juste que mes créations sont mises plus en valeur comme cela.
Mais je me suis vite aperçu qu’en réalisant des grands formats il me serait difficile de vivre uniquement de mon art (je réalise en moyenne entre 3 et 7 œuvres par an) Je suis donc resté amateur en privilégiant la qualité artistique, quel que soit le temps que cela me prendrait par dessin. J’ai ainsi constitué un stock.
Mais pourquoi en 2014 je suis donc passé professionnel ? Fin 2013 j’ai été contacté par l’association « Maecene Arts » qui m’a repéré sur le net et m’a proposé de rejoindre un panel d’une petite vingtaine d’artistes choisis pour leur particularité technique et qualité artistique en visant l’excellence. Un vrai tournant dans mon parcours artistique ! Leur démarche me correspond totalement puisque le but est de promouvoir les artistes auprès de mécènes, de collectionneurs, d’entreprises à travers des expos ou de contacts mais surtout sans exiger une production minimale ! Je n’ai donc aucune pression de ce côté, ce qui se ressent inévitablement sur la qualité de mes œuvres. Cette manière de concevoir l’art me permet de continuer de réaliser des œuvres complexes qui n’auraient pas vu le jour si j’avais dû fournir 30 œuvres en une année pour une galerie! (Je n’ai jamais exposé en galerie pour cela) Cette rencontre m’a aussi fait évoluer artistiquement grâce à la directrice artistique de Maecene Arts, docteur en histoire de l’Art, qui m’a fait prendre une direction plus contemporaine en m’ouvrant sur de nouveaux horizons et a décuplé ma créativité ! « Duel » qui a obtenu le premier prix du jury en est l’exemple parfait.

Duel

Medeya : Vous êtes- vous essayé aux techniques picturales traditionnelles avant d’avoir adopté celle du crayon ? Pourquoi avoir adopté ce mode d’expression plutôt qu’un autre ?
Patrick Rogelet : Non, jamais ! La raison est assez triviale en fin de compte. J’ai toujours dessiné. Adolescent d’abord au crayon graphite puis en voulant passer à la couleur j’ai continué avec ce que j’avais sous la main, les crayons de couleur d’écolier car la peinture à l’huile m’était inaccessible financièrement. Insensiblement j’ai affiné et perfectionné ma technique pour faire disparaitre les coups de crayons. Une fois maitrisée totalement, quelques années sont passées et donc plus le temps d’apprendre une nouvelle technique jusqu’à sa parfaite maitrise car je devais continuer à sortir de ma tête mes créations !! Mais j’avoue que la peinture me fascine car c’est la grande Inconnue pour moi. A tel point qu’elle est venue peu à peu s’immiscer dans mes dessins en tant que matière brute. Je la révèle, la parodie même. Elle devient le sujet du dessin. « Duel », encore une fois, est une œuvre emblématique pour cela. Dans cet autoportrait je suis le témoin « victime » de la dualité entre crayon et peinture. Mais en réalité il n’y en a pas, je joue avec ça. C’est même devenu ma marque de fabrique, le fil rouge dans mes œuvres récentes….

Compositions. Détails en cours

Medeya : Votre vie et ses étapes influencent-t-elles votre art et de quelle manière ?
Patrick Rogelet : Je dirais plutôt que c’est ma formation d’origine qui a sans doute influencé mon art. J’ai une formation scientifique, ce qui m’a fait longtemps pensé que je n’étais pas un « vrai » artiste. J’avais même une sorte de complexe d’infériorité envers les « vrais », ceux qui avaient fait des études artistiques. Un esprit cartésien avec une âme d’artiste est encore une dualité qu’on retrouve chez moi… Au départ ça donne des œuvres trop sages, mais au fil du temps mon coté artiste me fait tenter des choses plus créative, surtout depuis l’année dernière grâce à Maecene Arts…

Dans l'atelier

Medeya : Comment définiriez-vous votre travail artistique ? Que dites-vous de vos créations à quelqu’un qui ne les a jamais vues ?
Patrick Rogelet : Cette dualité artiste/scientifique trouve son équilibre dans le surréalisme. On y trouve les deux. Le coté rationnel, réfléchi dans la représentation très réaliste (figurative) des choses qui nécessite une maitrise technique parfaite, mais qui une fois assemblées de manière créative créent un conteste imaginaire, irréaliste, onirique. Ce mélange des genres donne des œuvres à plusieurs niveaux de lecture. Mais cela oblige à se renouveler sans cesse et d’être créatif !
En revanche j’hésite et évite de parler de mes créations à quelqu’un qui ne les a pas vues ou qui ne peut les voir. En effet, que penserait-il si je lui disais que je fais des dessins au crayon de couleur. Ce que la totalité des personnes imaginent quand je leur dis cela. On associe le crayon de couleur au coloriage d’enfant ou au mieux à des dessins légers sans prétention. Jamais à des œuvres majeures, complexes, qui n’ont rien à envier à des peintures à l’huile.
Je me bats depuis 30 ans pour faire connaitre le potentiel de ce médium. Internet permet de le faire découvrir plus facilement mais il reste beaucoup de chemin à faire…

De l'autre côté

Medeya : Votre technique est impressionnante ! Précision, minutie, contrôle sont autant de qualités qui font de chacune de vos créations un œuvre d’art. Pensez-vous que la peinture aux crayons permette un « lâché prise » équivalent à d’autres techniques picturales telles que l’huile par exemple ?
Patrick Rogelet : Non, c’est l’inconvénient de ce médium, où plutôt de la technique que j’utilise. Car on peut lâcher prise en faisant de grands traits par des gestes vifs et spontanés. Mais le rendu ne sera pas du tout le même ! Ce seront juste des traits. Car dès qu’on doit mélanger les couleurs comme je le fais, ça se passe sur une surface de quelques millimètres à la fois. La progression s’en trouve quasi stoppée. Je dois donc feindre la spontanéité dans un travail en amont. J’ai d’ailleurs réalisé une expérience, un lâché prise total avec « Purple rain » et « Abstractions figuratives ».

Purple rain

J’ai fait l’inverse de tout peintre artiste qui réalise une œuvre. Le travail préparatoire a été fait à la peinture et l’œuvre finale au crayon ! J’ai effectivement travaillé la matière brute dans des mouvements spontanés. Ce fût une expérience nouvelle ! Une fois fini j’ai entièrement refait au crayon, comme un trompe l’œil, les effets de matière en y cachant pour m’amuser des figurations animales pour avoir une double lecture… Mais contrairement aux études préliminaires que l’on garde, la version peinture a disparue… (pour la petite histoire, la version peinture m’a pris une vingtaine de minutes, celle au crayon plus de deux mois…).

Abstractions figuratives

Medeya : Qu’est ce qui, de façon générale influence votre peinture (peintre, cinéma, musique, auteur, actualités…)
Patrick Rogelet : De façon générale rien de tout ça. Sauf pour le prochain que j’ai travaillé depuis plusieurs mois. Inspiré de l’attentat de Charlie Hebdo en janvier, je réalise une allégorie sur la liberté d’expression. . Une œuvre d’une importance majeure intitulé « Le radeau de la Liberté ». Les crayons et la peinture en seront les acteurs principaux bien entendu !

Etude Radeau

Détail Radeau

Medeya : Quel est le point de départ d’un tableau, la genèse d’une œuvre (un schéma, une image, le hasard, l’imagination seule, un peu de tout ça…) ?
Patrick Rogelet : Aucune règle pour la création ! Tout cela et bien d’autres choses ! Quelques fois l’image est déjà présente dans ma tête (Duel) D’autres fois c’est en voyant une image, une autre oeuvre qui me fait penser à autre chose instantanément. Mais pour des œuvres plus complexes comme « L’Echiquier du Destin », « Opus 44 », « Le radeau de la Liberté », toutes sont issues d’une longue réflexion, de croquis hésitants, maintes fois amendés ou recommencés. Un accouchement long et difficile.

L'échiquier du Destin

Au départ c’est juste une idée, une réflexion sur un thème de la vie, voire philosophique. Mais je ne vois quasiment rien. Cette image de l’oeuvre finale doit se construire entièrement en respectant les règles de construction géométrique, perspectives, proportions, lumière, ombres, volumes, couleurs, composition, etc… C’est le plus difficile dans la création qui part de rien. Mais c’est tellement gratifiant quand on arrive à surmonter chaque étape et achever l’œuvre… Pour le dessin en cours (le radeau) je n’ai pas encore tout résolu que je l’ai déjà commencé. C’est souvent comme ça. On réglera certains détails quand on y sera confrontés…

Opus 44

Medeya : Avec quel artiste d’hier auriez-vous aimez vous entretenir ? Et pourquoi ?
Patrick Rogelet : Léonard de Vinci. Parce que c’est un artiste, un scientifique et un génie dans les deux domaines.

Je suis Charlie

Medeya : Et parmi vos contemporains ?
Patrick Rogelet : Bernard PRAS. Un créatif à part ! Un sculpteur de l’image. Il met en scène une multitude d’objets hétéroclites de telle manière qu’en apparence c’est un véritable capharnaüm sauf suivant un unique point de vue, où se révèle une scène, un personnage connu etc… Cela s’appelle l’anamorphose. Il faut être plutôt créatif !!

Medeya : Pouvez-vous nous citer un tableau que vous rêveriez de voir en vrai ? Pourquoi ce tableau ?
Patrick Rogelet : Je travaille à Paris et j’ai donc à priori vu tous les tableaux que je rêvais de voir. Mais celui qui m’a le plus marqué et longtemps rêvé de voir c’est celui que j’ai reproduit à l’âge de 23 ans, cette fameuse « Bataille d’Alexandre » d’Altdorfer. D’abord parce que lorsque qu’on s’attaque à ce genre de défi, il est naturel de vouloir découvrir l’original, mais aussi parce que tout y est dans ce tableau. La prouesse technique absolue, la composition très moderne pour l’époque (1529) avec une vue aérienne de la scène et bien d’autres choses… Il est à Munich et j’ai réalisé ce rêve deux ans après avoir entamé la reproduction en allant sur place afin de pouvoir obtenir les détails photographiques qui me manquaient pour le continuer. Une véritable aventure trop longue à raconter ici, mais qui m’a marqué à jamais.

La Vénus de Tessaro

Medeya : Selon vous, à partir de quel moment un peintre, un photographe, un musicien… devient un artiste ?
Patrick Rogelet : Je n’ai pas la prétention de donner une définition de l’artiste. Tout ce que je peux dire c’est qu’on ne se décrète pas artiste. Ce sont les autres qui nous désignent comme tel. A ce moment là on peut y croire…

Larme

Medeya : Quels conseils donneriez vous à un artiste débutant en général et de façon plus spécifique à celui qui souhaiterait faire l’expérience de la peinture aux crayons ?
Patrick Rogelet : Je suis mal à l’aise devant ce genre de question. Tout ce que je peux dire c’est que si on a la passion et un minimum de facultés, le travail fera le reste. La pratique engendre l’expérience, laquelle nous fait progresser et évoluer. Je n’ai jamais pris un cours de dessin. La curiosité, l’observation et la pratique ont été mon engrais. Il y en a certains qui créent de suite. Moi j’ai dû réaliser des reproductions pendant des années (7 ou 8 ans) avant de passer progressivement à la création. Chacun a son parcours qui lui est propre et en fonction du style qu’il choisit. L’art abstrait est accessible beaucoup plus rapidement que l’art académique…
Quant à la peinture au crayon il n’y a pas d’école pour cette technique. Donc encore une fois la persévérance ! Car ce médium est très abordable par tout le monde pour le coloriage, beaucoup moins quand on pousse la technique comme moi. Il se défend le bougre !

L'huile aux crayons

Medeya : Quelle est l’exposition d’un autre artiste qui vous a le plus marqué ?
Patrick Rogelet : J’ai vu l’exposition de Nathan Sawaya à Paris cet été (The Art of the brick). Une découverte. Si j’utilise de simples crayons pour faire des œuvres complexes, lui utilise de simple légo pour les enfants et réalise des sculptures très originales, monumentales pour certaines. De véritables oeuvres d’art ! Original, créatif, impressionnant !

O main divine

Medeya : Quel est votre plus fort souvenir d’exposition personnelle et pourquoi ?
Patrick Rogelet : Vous allez rire et peut être pas me croire mais je n’en ai toujours pas fait une seule ! J’attends toujours. Mais c’est en projet…

Medeya : Artistiquement parlant, y a-t-il un rêve que vous n’avez pas encore réalisé ?
Patrick Rogelet : Faire ma première expo ! D’ailleurs ce sera déjà une rétrospective ! Marrant non ? Déjà 30 années de dessin et bientôt 50 ans… Rires !

Medeya : Quelle est votre actualité et vos projets artistiques ?
Patrick Rogelet : Pour l’instant je commence mes premières expos de groupes avec les artistes de Maecene Arts (une qui vient de s’achever après deux mois d’expo à Salon de Provence)
Ma première grande expo est programmée en Novembre 2016 lors du Salon du livre à Brive. Il se peut que j’en fasse une autre avant.

Octavia

Medeya : Pour se faire une idée de votre personnage de façon plus général, j’aime bien soumettre à nos artistes invités les questions un peu naïves du thème de l’ile déserte…
-Sur une île déserte vous emportez…
*Quel film ? Inception. Pour enfin le voir en boucle et comprendre tous les détails !
*Quel livre ? Papillon, que j’ai lu adolescent et qui m’a marqué (un exemple de persévérance !)
*Quelle musique ? Beaucoup. Des musiques de films, j’adore.
*Quel objet ? Mes crayons !
*Lequel de vos tableaux ? Celui en cours pour le terminer !

Jeu deux couleurs

Medeya : Quel voyage aimeriez-vous encore faire ?
Patrick Rogelet : J’aimerais voir la future plus grande statue au monde dans le Dakota sud aux Etats-Unis. Commencée en 1948, elle sera achevée en 2060 d’après les prévisions. C’est un mémorial pour les indiens d’Amérique réalisé dans la montagne (à l’instar du Mont Rushmore) « The crazy Horse memorial ».

Medeya : Quelles étaient vos ambitions d’enfant pour votre vie d’adulte ?
Patrick Rogelet : Pilote de chasse…

Merci Patrick !
Retrouvez Patrick Rogelet sur son site Websa page Facebook et ses dessins en progression.

Dernière modification : 11 juil. 2016