Interview de Jacques Bravo

Interview de Jacques Bravo

Medeya: Pouvez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?
Jacques Bravo: Je suis photographe depuis trente ans, reporter d'abord, j'aime construire des histoires, j'aime également voyager pour découvrir et poser mon regard.

Medeya: Pratiquez-vous la photographie pour votre loisir ou en tant que professionnel ? Est ce votre seul média ?
Jacques Bravo: Je suis professionnel, encore que ce terme n'englobe pas la part de désir de voir, d'écriture renouvellée par l'imaginaire. Je vis évidemment de mon travail de photographe.

Medeya: Quel est le parcours scolaire et/ou professionnel et/ou artistique qui vous forge en tant qu’artiste?
Jacques Bravo: J'ai étudié au CNAM les bases scientifiques de la photographie puis en stage pour faire un mémoire sur le fonctionnement de l'agence Magnum-photos. J'y suis resté quatre ans pour m'occuper de la promotion et des expositions des photographes de l'agence. J'ai rejoins ensuite l'agence ANA créé par l'ancienne directrice de Magnum, Anna Obolenski.

Medeya: Pourquoi avoir choisi cette méthode comme mode d’expression plutôt qu’un autre ? Quel a été le déclic ?
Jacques Bravo: La photographie m'a choisi. J'étais plutôt doué pour le dessin. Enfant, mon père faisait beaucoup de photographies de famille et j'adorais le son du Brownie flash et l'éclair qui laissait une persistance de lumière vive quelques secondes. Mon premier appareil à 9 ans, un Starflex, m'a permit lors d'un voyage en espagne franquiste de réaliser mes premières photographies et de comprendre que le monde n'était pas uniforme.
Ensuite au collège, j'ai créé avec un ami le labo-photo; le père supérieur nous a offert un agrandisseur Durst M700 (le top à l'époque) à condition de réaliser les photos de classe qui rembourseraient son investissement. Premier job !

Medeya: Votre vie et ses étapes influencent-t-elles votre art et de quelle manière ?
Jacques Bravo: Ma vie dans son ensemble, (découvertes, rencontres, failles, accidents de la vie) fait partie intégrante de mon expression photographique. L'influence des lectures est peut-être ce qui a fait le lien entre l'imaginaire et le quotidien. Il est difficile d'exprimer ce qu'une étape de la vie bouleverse dans son esprit, la photographie est intuitive et répond sans avoir posé la question. Elle est faite de beaucoup de hasard et retrace un schèma mental.

Medeya: Comment définiriez-vous votre travail artistique ? Que dites-vous de vos oeuvres à quelqu’un qui n’a jamais vu votre travail ?
Jacques Bravo: Mon travail photographique est fait de désirs, de lumières, de hasards avec une exigence sur la composition. J'aime découvrir une image après avoir cadré qui contient ce que je ne m'étais pas exprimé dans l’esprit.

Medeya: Pourquoi ces choix de sujet, de technique, de style ?
Jacques Bravo: Peu importe le sujet, je crois que je mets autant d'aptitudes et d'espoir à photographier un bâtiment banal dans une zone industrielle qu'un membre d'une tribu de Papouasie.

Medeya: Qu’est ce qui, de façon générale influence votre travail (peintre, cinéma, musique, auteur…)
Jacques Bravo: L'influence est certainement littéraire car le livre crée des images qui sont personnelles. La peinture me raconte ce que les autres ont trouvé et c'est un bonheur de partage et quelquefois une appropriation touchante.
La musique reste unique, elle me crée une atmosphère sans images.

Medeya: Quel est le point de départ d’une oeuvre, (un schéma, une image, le hasard, l’imagination seule, un peu de tout ça…) ?
Jacques Bravo: Le point de départ d'une œuvre est pour moi liée au hasard de sa découverte quand des signes qui se répètent donne un style, un climat sincère.

Medeya: Avec quel artiste d’hier auriez-vous aimez vous entretenir ? Et pourquoi ?
Jacques Bravo: Henri Cartier Bresson. Son œuvre continue de me toucher. Je l'avais rencontré à l'agence Magnum. Trop jeune, j'étais impressionné.

Medeya: Et parmi vos contemporains ?
Jacques Bravo: Joseph Koudelka. Œuvre puissante.

Medeya: Pouvez-vous nous citer une oeuvre que vous rêveriez de voir en vrai et pourquoi
Jacques Bravo: Je crois avoir été a la rencontre de toutes les œuvres qui m'avaient touché sur le papier. Reste maintenant des Sites (Angkor, Borobudur, Petra) à explorer.

Medeya: Selon vous, à partir de quel moment un photographe, un peintre, un musicien… devient-il un artiste ?
Jacques Bravo: Devient artiste quelqu'un qui à conscience de sa création et rencontre son public.

Medeya: Quelle est l’exposition d’un autre artiste qui vous a le plus marqué ?
Jacques Bravo: Il y en à quelques-unes !! Cartier-Bresson, Joseph Koudelka et dernièrement Tamas Dezso.

Medeya: Quel est votre plus fort souvenir d’exposition personnelle et pourquoi ?
Jacques Bravo: Mon exposition au Carrousel du Louvre en 2000. De voir mes quinze photos en grands formats (2m sur 3m) sur les murs de Phillipe Auguste m'a réjoui de manière enfantine. Ma proposition photographique devenait pendant un mois le centre du monde. Je plaisante !

Medeya: Quelle est votre actualité artistique ? Quels sont vos projets artistiques ?
Jacques Bravo: J'ai deux projets en cours: "Les chasseurs de baleines de Lamalera en Indonesie " ou j'ai déjà fais des repérages. Comprendre le refus d’une micro-société d’abandonner cette chasse ancestrale faite de légendes et d’héroïsme. Et peut-être trouver une solution !
Et un projet en Centrafrique.

Medeya: Pour se faire une idée de votre personnage de façon plus général, j’aime bien soumettre à
nos artistes invités les questions un peu naïves du thème de l’île déserte…
-Sur une île déserte vous emportez…
*Quel film ? "les sept samouraïs" d'Akira Kurosawa.
*Quel livre ? Mon livre de chevet "le rivage des Syrtes" de Julien Gracq.
*Quelle musique ? "Koln concert" de Keith Jarrett.
*Quel objet ? Un couteau suisse avec tire bouchon !
*Laquelle de vos photo ? Une photo de famille.

Medeya: Quel voyage aimeriez-vous encore faire ?
Jacques Bravo: Des voyages !! Quelques dizaines encore.
Pérou, Chili, Chine, Birmanie, Jérusalem...
Le rêve serait d'aller à la rencontre de la tribu des "sentinelle" , une tribu des îles Andaman mais elle mérite d'être laissé tranquille !

Medeya: Quelles étaient vos ambitions d'enfant pour votre vie d'adulte ?
Jacques Bravo: Enfant, je rêvais de construire des maisons, j'ai fait des dizaines de plans. Je voulais être architecte.

Merci Jacques !
Retrouvez Jacques Bravo sur son site Web et sa page Facebook.

Dernière modification : 25 août 2016