Interview de Guy Combes

Interview de Guy Combes

1er Prix du jury
de l'exposition peinture d'octobre 2014

Medeya Lemdiya: Bonjour Guy! Pouvez-vous nous en dire plus sur le parcours professionnel et artistique qui a forgé l’artiste que vous êtes aujourd’hui ?
Guy Combes: Je suis né à Nairobi alors que mon père était au début de sa carrière d'artiste peintre animalier.
Il a très rapidement connu le succès et la réussite en Amérique et il est désormais célèbre dans ce genre artistique.
Au début, j’étais trop impressionné pour envisager de suivre ses traces parce que je connaissais très bien les enjeux que cela représentaient, mais plus tard, j’ai réalisé que j’étais capable de les affronter grâce à la connaissance que j’avais acquise de lui.
Ceci était bien plus précieux pour moi que la courte période de temps passée à l’université d’Art en Angleterre.

Muddybuffs

ML: Pourquoi avez-vous choisi la peinture comme mode d’expression plutôt qu'un autre ?
La photographie par exemple ? Quel a été le déclic ?
GC: J’ai essayé tous les autres moyens d'expression et testé autant de matériaux divers et variés que j'ai pu, mais je revenais toujours à ce que j’avais appris dans l'enfance.
Parfois, j’utilise d'autres médias, mais j’ai trouvé l’assurance et la confiance nécessaire pour persévérer dans ce que je sais faire de mieux.
Cette confiance est la clé pour moi. Elle me stimule et m’aide à mettre en place de nouveaux projets pour l'avenir.

ML: Votre vie et ses différentes étapes ont-elles une influence sur votre art ? Si oui, de quelle manière ?
GC: En Angleterre, j’ai connu une période de vie où j’essayais de m’éloigner de la comparaison avec mon père. J’ai expérimenté des idées et images abstraites et j’ai alors vécu un moment de vie totalement différent de mon enfance en Afrique.
Alors, j’ai atteint un point où l'envie de revenir était si grande que j’ai dû dire au revoir à l'Angleterre et suivre mon cœur. Dès que cela a été fait, j’ai tout de suite su pour quel style de peinture j’étais destiné, que j’avais toujours voulu faire et que je fais toujours.
Je me sens très chanceux d'avoir connu ces deux mondes opposés et je sais que la confluence de ces mondes transparaitront sur mon art dans l'avenir.

Anguruok Lighter

ML: Comment définiriez-vous votre travail ? Que dites-vous à propos de votre travail à quelqu'un qui n’a jamais vu un tableau de Guy Combes ?
GC: Mon travail reflète ma passion pour la terre qui m'a fait, qui nous a tous fait. Je réagis instinctivement à ce sujet de la même façon que les premiers humains «intelligents» l’ont fait lorsqu’ils ont peint les parois des grottes. Le monde naturel est pour moi une source inépuisable d'émerveillement, et un miroir qui reflète à bien des égards la condition humaine.
Mon souhait est d’ouvrir une fenêtre sur ce monde et de décrire avec précision mon expérience de celui-ci.
La nature possède une sonorité visuelle propre de l'ordre et du chaos, et mon périple en tant qu’artiste sera d'essayer de la représenter avec honnêteté et respect.

ML: Vous êtes engagé dans la protection de la faune et de la nature, en particulier au Kenya. Pouvez-vous nous parler de cette lutte ? Sous quelle forme se traduit-elle ?
GC: Mon sentiment de responsabilité envers la protection de la nature va de paire avec ma passion.
Le mélange des émotions que je ressens face à la destruction de l'environnement est indirectement présent dans tous mes tableaux. Pour moi, cela représente une énorme motivation et me pousse à passer autant de temps qu’il m’est possible immergé dans la nature.
Je suis fermement persuadé que représenter une vision positive de l'avenir des environnements sauvages est essentiel à leur conservation.
Maintenant que j’ai déménagé aux États-Unis, je suis en mesure d'utiliser mon expérience pour éduquer sur la protection de la vie sauvage. Je suis directeur du développement pour une réserve de 48 000 acres appelé Soysambu, située dans la vallée centrale du Rift.
J’ai également participé activement à une campagne de médias sociaux visant à bloquer le projet de construction d’une autoroute à travers le parc national du Serengeti.

ML: Comme on le sait, votre père était également un peintre de talent. Dans quelle mesure la peinture est pour vous une histoire de famille?
GC: La peinture a toujours été là. Il est donc difficile d'imaginer ce que la vie aurait été sans elle.
Cependant je pense souvent à ce sujet.

Breaking Cover

ML: Quel est le point de départ d'une peinture, les premières étapes de votre travail ? Un croquis ? Une image ? Le hasard ? L’imagination ? Un peu de tout cela ?
GC: Mon processus de création commence avec une rencontre sur le terrain, ou un ensemble de rencontres qu’il m’arrive de rassembler dans une seule image. Cela implique généralement de nombreuses photographies, croquis et vidéos. J’utilise tous les moyens que j’ai à ma disposition pour recueillir de l'information visuelle inédite et prise sur le vif.
Beaucoup de paysages de ciel qui composent mes dernières peintures ont été réalisés à partir de photos que j’ai prises avec mon téléphone. Mon but n’est pas d’obtenir la photo parfaite, mais d'utiliser tous les moyens nécessaires pour créer le tableau parfait et l'imagination est très important dans le processus de préparation quand elle est utilisée sous l’égide de l'expérience.

Constant Gardener

ML: Quel peintre du passé aimeriez-vous rencontrer, et pourquoi?
GC: Carl Akely était un peintre, sculpteur et taxidermiste responsable de certains des plus grands dioramas à l'American Museum of Natural History. Il a inspiré et influé sur la création des premiers parcs nationaux en Afrique et aux Etats-Unis.
Il était l'aventurier ultime qui était capable d’efforts surhumains pour son métier. Son expérience et l'émotion transparaissait dans son travail, qui restait malgré tout représentatif, et c’est à cela que j’aspire avec mon propre travail.

Enkaï

ML: Et parmi les peintres contemporain ?
GC: J’ai déjà rencontré Ray Harris Ching un des artistes que je vénère le plus et qui m’influence le plus et ceci a été absolument terrifiant.
Il a renversé, complètement bouleversé toutes les hypothèses que j’avais sur lui, et je l’ai quitté avec le sentiment d’avoir été réprimandé par mon professeur le plus redouté à l'école.
Malgré cela, ça a été l'une des expériences les plus enrichissantes et mémorables de ma vie.

Entourage

ML: Pouvez-vous nous dire quelle peinture vous souhaiteriez voir de vos yeux? Et pourquoi ?
GC: La Chapelle Sixtine.
Je veux voir toujours plus grand pour mes peintures et donc je me suis bercé des images des peintures de La Chapelle Sixtine tout au long de ma vie, mais je voudrais me faire une idée de ce que c’est en personne.

Leopard Lounge

ML: Selon vous, à quel moment un peintre, un photographe, un musicien devient-il un artiste?
GC: Pour moi, toute personne qui souhaite communiquer une idée, et peut le faire de telle manière que son auditoire comprend son message, est un artiste. Je considère la science comme un art, et beaucoup de scientifiques comme de grands artistes. De la même manière, l'art peut être considéré comme une science. Ce qui distingue les bons artistes est une tout autre affaire.

Taitabull

ML: Quelle est l'exposition d'un autre artiste qui a laissé une marque particulière sur vous?
GC: J’essaie de me rendre à autant d'expositions que je peux, donc mon avis change constamment. Le plus récent des spectacles formidables est celui de Daniel Sprick au Denver Art Museum auquel j’ai assisté cet été. Après cela j’ai couru à mon atelier pour expérimenter son utilisation de la couleur et de la forme.

The Hinterlanders

ML: Quel est votre meilleure souvenir d'une exposition personnelle, et pourquoi?
GC: Cet été, j’ai exposé à la Society of Animal Artists exposition annuelle « Wildlife Experience « à Parker, Colorado, et j’ai pu voir dans leur collection permanente les peintures les plus représentatives de la carrière de mon père. Le même soir j’ai recueilli un prix pour une des peintures que j’avais exposée. Mon père n’est plus en vie, mais j’ai ressenti sa présence ce soir-là plus qu'à un tout autre moment depuis qu'il est décédé.

ML: Pouvez-vous nous en dire plus sur vos autres casquettes qui ont un lien à votre travail de peintre?
GC: Mis à part le travail de conservation, je suis guide de safaris au Kenya presque chaque année pour les artistes et les étudiants en biologie de la conservation. Cela me permet de communiquer ma passion de l'état sauvage à des groupes de personnes, et d’obtenir mes propres références à ramener à l’atelier. C’est un travail, honnête!

The Rainmaker

ML: Artistiquement parlant, vous reste-t-il un rêve à accomplir ?
GC: Je soutiens sans cesse ma galerie New-Yorkaise pour trouver un collectionneur qui soit suffisamment passionné par mon travail et qui ait suffisamment de ressources pour me commander une belle pièce telles que mon Père en a fait de nombreuses au cours de sa carrière. Pour résumé, je veux dire une toile d’au moins trois mètre de long. Il semble que l'âge d'or où ce type de commande était la norme est révolu mais je pense que ce temps là peut revenir si les artistes sont prêts à faire des sacrifices et ont le courage de se remettre en question pour faire mieux et plus grand projet après projet. J’essaie de le faire progressivement.

ML: Parlez-nous de vos occupations artistiques actuelles? Quels sont vos projets ?
GC: Je produis une quantité constante de travail pour ma galerie à New York et pour maintenir un calendrier annuel animé d’expositions qui comprend des musées et des ateliers aux États-Unis et au Canada.
Mis à part cela, je le répète, je souhaite augmenter la taille de mes peintures et actuellement je travaille sur mon plus grand tableau ; un troupeau d'éléphants traversant une rivière à Laikipia.

Titans I Buffalo

ML: Pour donner à nos lecteurs une idée plus globale de votre personnage, voulez-vous bien vous prêter aux questions un peu naïves du thème de l’«île déserte »
Si vous étiez échoué sur une île déserte, que souhaiteriez-vous emporter avec vous?
• Quel livre?
GC: « Afrique - Biographie du continent » par John Reader
• Quel film?
GC: « Les dieux sont tombés sur la tête »
• Quelle musique?
GC: Roger Whittaker - Ma terre est le Kenya
• Quel objet?
GC: Une Marmite
• Lequel de vos tableaux?
GC: Le plus grand fait avec des grandes barres (pour faire un radeau).

Titans II Lion

ML: Quel voyage souhaiteriez-vous faire que vous n’avez pas encore fait?
GC: De nombreux endroits. Il est difficile de choisir, mais le Costa Rica serait en haut de la liste.

ML: Quand vous étiez enfant, que rêviez-vous de devenir à l'âge adulte?
GC: Un agriculteur. Je détestais l'idée de la guerre, et je me disais que je n’aurais pas à aller à la guerre si je devenais agriculteur.

Merci Guy Combes!

Retrouvez Guy Combes sur sa Page Facebook et sur son site.

Dernière modification : 11 juil. 2016