Interview de Gustav Sundin

Interview de Gustav Sundin

1er Prix du jury
de l'exposition peinture de novembre 2014

Medeya: Bonjour Gustav! Pourriez-vous présenter l'artiste Gustav Sundin à nos lecteurs?
Gustave Sundin: Je suis un peintre figuratif suédois, basé dans la ville de Torekov en Suède avec ma petite amie et mes trois chiens.

ML: Pouvez-vous nous en dire plus sur le parcours professionnel et artistique qui ont forgé l'artiste que vous êtes?
GS: D’aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours baigné dans le dessin et la peinture. En 2004-2007, je me suis inscrit au cours de peinture à l'Académie de Florence de l'art et j’ai travaillé comme assistant instructeur en 2008 à Göteborg dans un programme récemment ouvert. A la FAA. J’y ais acquis une solide base technique mais je devais encore beaucoup apprendre des maîtres classiques, des grands peintres contemporains et acquérir plus d'expérience à la fois de la peinture et de la vie.
En 2006, avec quatre amis de l'école nous avons fondé Bjäremålarna, un groupe qui est maintenant devenu un réseau d'artistes organisant des cours et des expositions chaque été dans les villes Båstad et Torekov en Suède.

ASH I

ML: Pourquoi avez-vous choisi la peinture comme moyen d'expression plutôt qu'un autre? Quel a été le déclic ?
GS: J’ai grandi au milieu du matériel de ma mère. Celui-ci était également disponible pour moi. Par conséquent enfant, la peinture et le dessin étaient des choses naturelles. La peinture est un moyen d’expression primordial et direct. Avec des outils élémentaires on peut faire des marques simples. Constater comment une image interne, une idée peut se traduire et se développer sur le papier ou sur une toile est une expérience enrichissante.

ASH II

ML: Est-ce que votre vie et ses différentes étapes ont une influence sur votre art? De quelle manière?
GS: Il est certain que les gens autour de moi ainsi que ma vie influencent mon travail. Je crois qu’en tant qu’êtres humains, beaucoup d'entre nous traversons des expériences de vie similaires avec des ressentis plus ou moins extrêmes bien sûr. De cette façon, nous sommes tous reliés les uns aux autres et je souhaite que quiconque regarde mes tableaux ressente cette connexion qui nous lie.

BLUE

ML: Comment définiriez-vous votre travail? Que dites-vous à propos de votre travail à quelqu'un qui n'a jamais vu un tableau de Gustav Sundin?
GS: Je travaille de façon figurative et communique avec les deux éléments réalistes et abstraits pour transmettre un sentiment ou un état d'esprit. Cela peut être chaotique, désordonné et sale mais il y a malgré tout quelques zones plus claires.

BLUEBACK

ML: Votre dernière série de tableaux représente des hommes et des femmes nus ... Pourquoi?
GS: Quand nous sommes nus nous sommes exposés et vulnérables. Il y existe tellement d'expressions et de sentiments que nous pouvons détecter à travers le corps humain. La majeure partie de notre communication est acheminée à travers le langage du corps. La plupart de mes personnages sont entièrement ou partiellement sans visage afin que celui ne focalise pas trop l’attention des spectateurs. Si vous peignez un portrait c’est ce que les gens vont regarder. Je tiens à accorder plus d'attention au corps.

COMPLIANCE

ML: Que ce soit dans vos portrait, vos peintures figuratives, vos natures mortes ou vos paysages, nous éprouvons un fort sentiment de solitude ... Est-ce volontaire?
GS: Mes peintures sont très personnelles. Je crois que dans nos coins les plus sombres, nous sommes tous seuls. Ce n’est pas quelque chose que je fais intentionnellement transparaître dans toutes mes peintures même si. "Limbo", une peinture récente, traite du thème de la solitude que nous pouvons ressentir alors même que nous sommes entourés par d'autres personnes.

EFFORTLESS

ML: Qu’est ce qui a motivé votre choix de sujet, de technique et de style?
GS: Les problématiques et concepts que je traite découlent de mon intérêt pour la psychologie, la philosophie et le désir de comprendre la nature humaine. Comment nous développons-nous et de quelle façon évoluons-nous tout au long des différentes phases de nos vies ? Je souhaite que ma conception des choses et ma technique aillent de pair. Mes sujets, remaniés au travers de ce processus, se désagrègent pour se reconstruire autrement, certains peuvent se briser pour toujours.

GRAYBACK

ML: En général, qu’est qui vous inspire lorsque vous travaillez? (autres tableaux, le cinéma, la musique, la littérature ...)
GS: Les meilleurs jours sont ceux où je suis complètement absorbé par mon travail. Je ne pense pas vraiment à quelque chose (le processus de pensée s’est déroulé avant que je commence à peindre) et je perds la notion du temps, j’oublie les factures, la lessive…. Lorsque j’arrive au fameux moment, où face à ma peinture, je pense que je peux échouer, je me plais à penser à notre insignifiante condition d’humain et que, dans cent ans, plus personne ne se souciera si j’ai ou non foiré une peinture. Cela me rend plus courageux et j’ose prendre des décisions audacieuses qui, bien sûr, parfois peuvent ruiner une peinture mais me donnent une leçon pour la prochaine.

INFERNO

ML: Quel est le point de départ d'une peinture, les premières étapes de votre travail? (un croquis, une image, le hasard, la pure imagination, un peu de tout cela?)
GS: Le démarrage d’une peinture peut se faire de différentes façons, généralement en utilisant des références photographiques, d’autres fois des modèles vivants. Je n’ai pas vraiment de procédure régulière qui imposerait une succession d’étapes prédéfinies. Parfois, je fais des petits croquis pour noter une idée.
Une idée, une image fragmentée ou un sentiment. C’est surtout le sentiment qu’il est important de transmettre. Ce que je dois faire pour y parvenir ne m’apparaît pas toujours de façon très claire, il me faut beaucoup expérimenter. J’essaie de me mettre au défi de différentes façons. Parfois des erreurs bienvenues déterminent un tableau. Elles devaient s’y trouver. Le hasard joue aussi un rôle.

LIGHTNESS OF BEING

ML: Quel peintre du passé aimeriez-vous rencontrer, et pourquoi?
GS: J’aurais aimé rencontre Lucian Freud. Il m’aurait été d’une grande utilité.

ML: Et parmi vos contemporains?
GS: Antonio Lopez.
J’aime vraiment son travail.

ML: Pouvez-vous nous dire qu’elle peinture vous rêveriez voir de vos propres yeux?
GS: Le Supplice de Marsyas de Titien. Une peinture que je rêve de voir depuis longtemps.
Elle est tellement actuelle.

LIMBO

ML: Selon vous, quand est-ce qu'un peintre, un photographe, un musicien ... devient un artiste?
GS: Toute personne qui déclare qu'elle fait de l’art est un artiste. Bien sûr la question de savoir si son art est «bon». Personnellement, j’apprécie les œuvres d'artistes honnêtes qui mettent vraiment leur cœur à nu.

ML: Quelle exposition d'un autre artiste vous a tout particulièrement marqué?
GS: L’exposition Peredvizjniki à Stockholm en 2012, une exposition collective avec de grands peintres russes Ilja Repin, Isaac Levitan et Abram Archipov, est la meilleure des expositions que j’ai vues en direct.

REDBACK

ML: Quel est votre plus beau souvenir d'exposition personnelle, et pourquoi?
GS: La plupart de mes souvenirs d'exposition sont assez flous. Il y a tellement de gens au vernissage, de personnes à qui parler et de rencontres qui se font. C’est une sensation étrange. Lorsqu’une exposition est réussie, j’ai un sentiment de vide et non de bonheur comme on pourrait s'y attendre. Tout le stress de préparation avant provoque une période de laisser aller et de vide après l’exposition. Il faut un certain temps pour récupérer. La vente d'une peinture sur laquelle j’ai travaillé pendant longtemps provoque aussi des émotions mitigées car certains tableaux sont plus chargés émotionnellement que d'autres. D'un côté, je dors bien la nuit sachant que je peux payer le loyer. De l’autre côté je sais que l'argent va vite disparaître, et que ma peinture je peux ne jamais la revoir.

TRANSCENDING FEMME

ML: Artistiquement parlant, est-il un rêve que vous n’avez pas encore accompli?
GS: Ces dernières années ont été mes meilleures années de peinture et j’ai vraiment apprécié le temps passé dans mon atelier. J’espère que je vais continuer à me remettre en question, à apprendre toujours davantage, à devenir meilleur, à être un peintre courageux. En tant qu'artiste, j’espère ne jamais me laisser aller à l’autosatisfaction.

TRANSCENDING

ML: Parlez-nous de vos occupations artistiques actuelles? Quels sont vos projets ?
GS: Je viens d’emménager à Stockholm temporairement pour cinq mois où je continue de travailler sur ma série "transcending" pour une exposition qui aura lieu à Pâques.
Je travaille également sur deux commandes de portraits, ce que je n’ai pas fait depuis un certain temps. C’est donc très agréable.

TREADING

ML: Afin de donner à nos lecteurs une idée plus générale de votre personnage, j’ai l’habitude de poser à nos artistes les questions un peu naïves de «l’île déserte». Si vous étiez échoué sur une île déserte, qu’emporteriez-vous ?
* Quel livre? Un livre sur la façon de faire des châteaux de sable.
* Quel film? Ratatouille.
* Quelle musique ? L’album de Leonard Cohen et, comme cerise sur le gâteau, Jubel avec « Klingade » qui est une sorte de musique de soleil (en supposant que vous me déposiez sur une île tropicale… Vous choisissez de me déposer où ?)
* Quel objet? Un lecteur DVD pour que je puisse voir le film.
* Lequel de vos tableaux? Le plus grand pour construire une voile avec.

ML: Quel voyage que vous n’ayez encore fait souhaiteriez vous entreprendre?
GS: Devenir papa. Ma compagne et moi allons devenir parents au mois de juin de cette année. La famille s’agrandit .C’est une nouvelle aventure et je suis très excité.

Merci Gustav Sundin !

Retrouvez Gustav Sundin sur sa page Facebook et sur son Site.

Dernière modification : 11 juil. 2016